Dans un entretien au quotidien Le Parisien (1), le ministre de l‘Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, avait fait part, peu après sa prise de fonction, de son souhait « d’autoriser à nouveau le redoublement ». Argument avancé par le locataire de la rue de Grenelle : « Il y a quelque chose d’absurde à laisser passer de classe en classe des élèves accumulant les retards. »

On rappellera ici que la politique mise en place par Najat Vallaud-Belkacem n’avait nullement interdit cette pratique pédagogique – et qu’il n’y avait donc pas lieu de l’autoriser à nouveau – mais avait souhaité la rendre « exceptionnelle ». À cette fin, un décret de novembre 2014 (2) avait réduit le redoublement aux cas où il pouvait « pallier une rupture importante de rupture des apprentissages scolaires ». Il prévoyait un autre cas de redoublement possible pour le secondaire, le redoublement à la demande des familles. « Pour les élèves des classes de troisième et de seconde, lorsque la décision d’orientation définitive n’obtient pas l’assentiment des représentants légaux de l’élève ou de l’élève majeur, ceux-ci peuvent demander le maintien dans le niveau de classe d’origine ».

Le nouveau décret (3) inverse la logique : le chef d’établissement, en lien avec le conseil de classe, et après dialogue avec la famille, aura le dernier mot. Il place aussi l’établissement devant ses responsabilités. En effet, après avoir à la fin du premier ou deuxième trimestre alerté la famille sur les difficultés de l’enfant, l’établissement est tenu de mettre en œuvre un accompagnement personnalisé destiné à éviter un redoublement. Autre changement et retour en arrière qui met à mal de la notion de cycle : à l’avenir, la question d’un éventuel redoublement ne se posera plus seulement en fin de cycle, mais chaque année.

Si le redoublement conserve des soutiens parmi les familles et les enseignants, il s’impose de moins en moins comme une réponse pédagogique valable. Il a en effet, l’abondante littérature sur le sujet l’a démontré, des effets positifs incertains sur le court terme et des effets négatifs assurés sur le moyen et le long terme. Il ne génère en effet que de faibles progrès pour les élèves. Il demeure en outre le meilleur déterminant du décrochage et participe à une perte d’estime de soi. Son coût est par ailleurs estimé à deux milliards d’euros par an. Autant dire que le bilan de cette pratique est loin d’être positif !

On regrettera que le ministre, qui assure placer la recherche en éducation au cœur de sa réflexion, ait semblé méconnaître les apports des nombreux travaux conduits sur le sujet que le Cnesco (4) a rappelés, en janvier 2015, à l’occasion de sa première conférence de consensus « Lutter contre les difficultés scolaires : le redoublement et ses alternatives (5) ». Conférence terme de laquelle l’instance créée par la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’École de la République de juillet 2013 avait avancé des alternatives au redoublement : traiter la difficulté scolaire au sein de la classe sur le temps scolaire ordinaire, repenser l’organisation de la classe pour favoriser la coopération entre les élèves, prendre appui sur ce que ces derniers savent déjà afin de le mettre en valeur, travailler précocement sur l’estime de soi, développer les compétences nécessaires pour devenir auteur de son orientation…

 

  1. Le Parisien du 8 juin 2017.
  2. Décret n° 2014-1377 du 18-11-2014 : « Évaluation des acquis, accompagnement pédagogique des élèves, dispositifs d’aide et redoublement : modification ».
  3. Décret n°2018-119 du 20 février 2018 : « Dispositions relatives au redoublement ».
  4. Conseil national d’évaluation du système scolaire.
  5. http://www.cnesco.fr/fr/redoublement.