Le système de formation français ne sélectionne pas ou très peu. C’est le jeune qui choisit son orientation et en est l’acteur, nous rappellent les instructions officielles. Pourtant, depuis des années, avec l’accord d’une grande partie du corps enseignant et, dans une moindre mesure, des familles, il le fait massivement. Et ce, dès la classe de 3ème. D’aucuns souhaiteraient d’ailleurs que le processus se mette en place en amont de cette classe. Le système obéit à un processus de distillation fractionnée. Au terme du collège, certains élèves – les « moins bons » – vont en lycée professionnel selon le prestige attaché à chaque formation. Les autres rejoignent un lycée d’enseignement général. À l’issue de la seconde, les « meilleurs » d’entre eux poursuivent leur parcours en lycée d’enseignement général – dans des filières elles aussi hiérarchisées – les autres dans la voie technologique.

Cette distillation n’épargne pas l’enseignement supérieur. Pour les « meilleurs » les classes préparatoires – et, pour certains d’entre eux, les écoles les plus prestigieuses – pour les autres les universités, les instituts universitaires de technologie(IUT) et les sections de technicien supérieur (STS). Preuve en est que « l’égale dignité des baccalauréats » reste un slogan vide de sens et relève, avant tout, d’une stratégie de communication ministérielle.

Allons plus avant. Notre système est ainsi fait que les places en principe destinées aux bacheliers professionnels en STS étaient jusqu’à présent prises d’assaut par les bacheliers technologiques, alors que celles qui sont prévues pour ces derniers dans les IUT étaient convoitées par des élèves venant des séries générales refusés dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE). Pour limiter ces « transferts », des quotas ont été mis en place depuis plusieurs années afin que les BTS soient bien destinés en priorité aux élèves issus des séries professionnelles, ce qui n’est pas toujours sans poser de problèmes.

Conséquence, nombre de bacheliers entreprennent par défaut un parcours universitaire, alors même que certains d’entre eux y sont mal préparés et n’ont aucune chance de décrocher leur diplôme. C’est bien évidemment le cas des élèves des lycées professionnels. C’est aussi le cas de nombre de bacheliers technologiques mais aussi, l’articulation entre le lycée et l’enseignement supérieur fonctionnant mal, des jeunes issus des séries générales.

Refonder la politique d’orientation relève d’une ardente obligation. Plusieurs chantiers en cours doivent y contribuer : le dispositif Parcourssup, la disparition des séries au lycée d’enseignement général et la « modernisation » du bac, les mesures annoncées sur l’apprentissage, celles qui vont s’inscrire dans la réforme de la formation professionnelle.

Reste, alors que se multiplient les services payants d’officines privées, que rien ne se fera, sans une mobilisation des équipes pédagogiques dans logique d’accompagnement. Logique qui permettra que « chaque jeune devienne, comme le Cese[1]l’appelle de ses vœux dans son dernier avis[2], l’acteur informé, avisé et agile dans son parcours d’orientation, de formation et d’insertion, trouve sa place dans la société et s’y épanouisse tant professionnellement que personnellement ».

 

Michèle Coirier

Première vice-présidente

 

  1. Conseil économique, social et environnemental.
  2. L’orientation des jeunes, Avis présenté au nom de la section de l’éducation, de la culture et de la communication, avril 2018. Avis disponible à l’adresse suivante : http://www.lecese.fr/travaux-publies/l-